Le lendemain, très tôt, alors que le soleil est à peine levé, Marie-Madeleine s’éveille.
Hannah et Michel ont demandé à la suivre au tombeau. Elle accepte. Les enfants ont pris leur sac à dos. D’un coup d’œil au lieu, ils disent au revoir. Tous semblent dormir. Ils traversent la cour pour accéder à la porte d’entrée. Marie-Madeleine est si pressée qu’elle avance vite.
Mais Hannah la devine. Et bientôt elle la voit. Elle est là, silencieuse à son habitude. Hannah se rapproche un petit peu plus. Et elle aperçoit son visage. Les larmes de souffrance de la veille ne sont plus. La voilà avec un visage paisible, réjoui. Elle sait. Elle sait que son fils est ressuscité. Hannah le sent. C’est alors que Marie se lève, avance vers la petite fille, pose ses deux mains sur ses joues et embrasse son front :
« Va, petite Hannah. Va, vis, prie! » Quelle merveille que la tendresse d’une mère! La petite se sent toute chose par cette étreinte.
Mais elle doit y aller. Elle suit Michel et Marie-Madeleine qui sont déjà un peu éloignés. Lorsqu’ils arrivent près du tombeau, Marie-Madeleine est là, interdite.
« La pierre. » « La pierre », répète t elle. «La pierre a été roulée. »
Tout affolée, elle pose le flacon de parfum et les aromates qu’elle transportait avec grand soin et sans prêter attention aux enfants, elle rebrousse chemin en courant dans le sens inverse. Arrivée à la maison, elle trouve Pierre et Jean dans la cour et, haletante, elle crie « On a enlevé le seigneur du tombeau et on ne sait pas où on l’a mis. »
Pierre et Jean partent en courant, suivi de Marie-Madeleine et des enfants qui suivent derrière et qui refont le chemin pour la seconde fois en moins de dix minutes. En courant aussi, Jean arrive le premier. Il se penche et aperçoit les linges par terre. Bientôt, il est rejoint par Pierre. Ce dernier rentre dans le tombeau. Il voit les linges par terre et le suaire, un drap qui a recouvert la tête de Jésus. Ce dernier est à part, roulé. Jean rentre alors, il voit la pièce vide.
Pierre et Jean sortent du tombeau. Hannah et Michel viennent d’arriver. Ils voient Pierre et Jean qui ne parlent pas, mais qui ont des visages étonnés où se reflètent la joie et l’espérance.
Ils n’en ont pas la certitude, mais ils semblent avoir compris. Et les voilà déjà qui repartent. Michel aurait eu envie de leur dire au revoir, mais cela aurait été trop compliqué. Il choisit de laisser les choses ainsi.
Marie-Madeleine est là, tout en pleurs. Elle se penche vers l’intérieur du tombeau. Les enfants n’osent pas s’approcher. C’est alors qu’ils entendent deux voix unanimes provenant de l’intérieur du tombeau.
« Femme! Pourquoi pleures-tu? » Hannah ne peut résister. Elle fait trois pas de côté et elle voit, assis là où on a déposé le corps de Jésus, deux anges… Ce sont eux qui ont parlé. Puis, aussitôt, Hannah sent qu’il faut qu’elle retourne à sa place, près de Michel.
Marie-Madeleine répond : « Je pleure parce qu’on a enlevé mon Seigneur. »
Et elle se retourne comme pour partir. Elle voit alors un homme qui lui dit :
« Femme, pourquoi pleures-tu? »
« Michel? Michel, c’est Jésus ! Il est là ! Il est vraiment là ! »
Marie-Madeleine a les yeux embués de larmes. Elle pense que c’est le jardinier et lui dit « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je l’enlèverai. »
Jésus lui dit : « Marie » . Marie-Madeleine se sentant appelée par Jésus personnellement, le reconnaît et lui répond « Rabbouni! » Ce qui veut dire Maître!
« Marie, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »
Marie-Madeleine a le visage qui en un instant s’est métamorphosé. Des traits tirés par la fatigue et le chagrin de la mort, elle est passée au visage radieux de la vie. De celle qui croit, qui se sait aimée. Oui, il est vraiment ressuscité ! La vie a vaincu la mort. Oui, il est vraiment ressuscité !
Puis Jésus se tourne vers Michel et Hannah. Les enfants sentent alors de nouveau ce regard plein d’amour et de tendresse. Jésus les bénit et leur dit :
« Petits enfants, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin de l’âge. »
Hannah pleure. Michel est ému. Puis, sans plus rien dire, d’un simple regard, Jésus montre à Michel quelque chose qui est là, par terre. La couronne d’épines, sûrement tombée de la tête du Christ lors de la descente de croix. Michel a compris. Il saisit la main d’Hannah, il touche la couronne d’épines et les enfants se sentent glisser, glisser dans un tunnel lumineux…
Il se retrouve à genoux sur la dalle froide de Notre-Dame, devant la couronne du Christ et son reliquaire si lumineux. A leurs côtés, le père Raphaël, à genoux, est venu les chercher. « Il est temps de partir les enfants. »
Hanna le regarde, le visage tout embué de larmes : « Oh! Père! Père Raphaël, Il nous aime tellement tous, Jésus. »
Le père Raphaël sourit : « Oui, Hannah, Il nous aime tous comme on est. »
Et Michel ajoute : « Il est vraiment ressuscité. »
Et le père Raphaël répond : « Oui, il est vraiment ressuscité. »
