A mes enfants, petits enfants et aux enfants de leurs enfants et à ceux qui suivront.
« Regarde Michel, il y a une lettre pour nous ! »
Vingt avril dix neuf cent dix neuf, jour de Pâques, Saint-Rémy-lès-chevreuse.
Chers descendants.
Je dois écrire cette lettre pour vous transmettre un trésor inestimable. Me voilà rentré sain et sauf de cette guerre horrible qui s’est terminée en novembre de l’année dix neuf cent dix huit. Je suis rentré vivant et pourtant, durant ces quatre années, j’ai pensé mourir plus d’une fois. Ce que j’ai vu, entendu et vécu. Nul ne peut l’imaginer, et heureusement.
Dans ce quasi enfer, il m’a pourtant été donné de vivre un miracle. Et je n’ai les clefs de ce qui m’est arrivé que maintenant, en ce jour de Pâques de l’année dix neuf cent dix neuf. Je vous souhaite de pouvoir vivre une telle aventure et de découvrir ce que j’ai découvert.
Le trente et un mars dix neuf cent dix huit, c’est à dire peu avant la fin de la guerre, l’aumônier militaire, l’abbé François Guyot, célèbre la messe de Pâques. La messe et les conversations avec l’abbé m’ont probablement sauvé de la folie. Moi qui avais guerre, qui avant guerre, n’avais de chrétien que le nom. J’étais chrétien parce qu’on m’avait baptisé à la naissance, mais je n’avais jamais réfléchi vraiment à la signification de cette identité.
Pour toi, qui est Jésus? Cette question ne s’est imposée à moi que dans l’enfer des tranchées.
J’en étais donc à la messe de Pâques. Notre abbé avait obtenu l’accord du commandant pour célébrer la messe. Un autel de fortune avait été dressé, une serviette en guise de nappe, une bougie, un ciboire, et c’est là tout le faste que l’on pouvait se permettre.
Environ quatre cents hommes assistaient à la messe, priant pour leurs camarades tombés au champ d’honneur, pour leurs familles restées en arrière. Le bruit des fusils et des canons résonnait sans cesse durant la cérémonie. La messe célébrait la joie de la résurrection de Jésus et à y regarder de plus près les mines et les visages fatigués cherchaient l’espérance.
J’ai été bouleversée par le récit de la Passion. Je me suis senti rejoint pleinement dans ce que je vivais au front. Un homme qui donne sa vie jusqu’au bout, par amour. Ce message a totalement bouleversé le soldat que j’étais. Tout retourné par cette messe, je suis reparti retrouver mon unité qui était de repos cette nuit là. Malgré les assauts répétés des ennemis, je me suis assoupi. Et c’est là .. qu’elle est venue. Un songe ? un rêve ? une vision ?
Une dame resplendissante de paix et de beauté s’est présentée à moi. Elle tenait dans ses mains deux objets identiques. « Cherchez, cherchez mon fils. il se laisse trouver. Voilà vos armes pour le trouver. Vivez avec. Vous verrez de vos yeux les vertus se colorer à leur accomplissement. N’ayez crainte, cherchez, priez, priez, et le reste vous sera donné ».
Au petit matin, lorsque je me réveille, je trouve à côté de mon barda deux boucliers, les deux boucliers que vous avez probablement en main à présent. J’ai aujourd’hui compris le cadeau merveilleux qui m’a été fait. Je n’ai pas quitté ces boucliers et aujourd’hui, grâce à eux, en ce matin de Pâques dix neuf cent dix neuf, j’ai trouvé Jésus et j’espère ne plus jamais lui lâcher la main.
Gardez ces boucliers sur vous, laissez vous guider par eux. Cherchez Dieu. Il se laissera trouver en son temps. Votre cœur est fait pour trouver l’amour avec un grand A. Laissez vous aimer par lui. Soyez heureux.
Votre aïeul Louis Guérin.
