Il longe le bord du lac. Il est plongé dans ses pensées lorsqu’il a l’impression d’entendre Hannah de nouveau, mais avec une grosse voix.
« Non de non, de non, de non. Encore un filet fichu. Ma voile est en lambeaux. Mon bateau prend l’eau. J’en ai marre. Me voilà tout seul. Tout seul pour tout gérer. » La grosse voix en colère vient de là, derrière une barque échouée. Michel s’approche. Il tombe nez à nez avec le vieux bougon, un monsieur d’une cinquantaine d’années, de longs et foisonnants cheveux gris, une barbe impressionnante, une taille imposante, des bras vigoureux, des mains charnues de travailleur.
« Foutue barque! Et puis pourquoi il m’a pris mes fils Jésus? Je suis censé faire comment, moi, sans eux? Oui, oui, je sais, je sais, c’est un honneur. Alors pourquoi? Pourquoi est ce si difficile à accepter? » l’Homme s’arrête. Il aperçoit Michel.
Alors, pudiquement, il essuie ses larmes.
« Qui es tu toi? Sais-tu pêcher ? Peux tu m’aider? »
« Heu… Je veux bien monsieur, je veux bien vous aider. Mais juste si vous m’apprenez. »
« Viens par ici. Mets ton doigt là ici, ça me permettra de faire un nœud pour réparer le filet. Là. Voilà. Ben oui, là maintenant. OK. Parfait. Ben voilà, quand on n’est pas tout seul, c’est plus facile quand même. »
« Monsieur, je vous ai entendu râler contre Jésus. »
« Moi râler? JAMAIS! Je ne râle. JAMAIS. Et encore moins contre Jésus. Je disais juste que mes fils avaient beaucoup de chance d’avoir été choisis par lui pour le suivre. Bon, il se trouve qu’ils m’ont laissé là, tout seul dans ma barque, et que me voilà seul à présent pour accomplir le travail, et que j’avoue que je ne comprends pas très bien pourquoi mais… mais je ne râle pas, vois tu, je dis juste les choses. »
« Oui je vois monsieur. »
« Et puis oui, j’ai ma femme, ma Salomé qui s’occupe très bien de moi. Je n’ai aucune raison de râler. Tiens, aide–moi à pousser la barre sur le côté là. Voilà, on va réparer cette fissure là. Voilà. Bonjour et au revoir, la fissure.. Quelques clous, un coup de marteau vigoureux et c’en était fait de cette pauvre fissure. Et toi, que fais tu là, jeune homme? »
« Heu.. Je cherche à rejoindre Jésus. »
« Mais c’est qu’il va nous embarquer tous les jeunes du coin celui là. »
«Euh je suis avec ma sœur, nous ne sommes pas d’ici. »
« Bah t’es d’où? Pourquoi tu cherches Jésus? »
« Ben je suis de loin. Je cherche Jésus parce qu’il m’aide à… Il peut m’aider à retrouver ma route. Et puis j’ai pas mal de questions à lui poser. »
« Ah ben t’es pas le seul. Moi aussi j’aimerais comprendre. »
« Mais… Mais tout seul, on ne peut pas descendre à Jérusalem. Or, il paraît qu’ils sont partis ce matin. »
« Comme d’habitude, ils sont partis sans se retourner. C’est dur pour un père de donner ses deux fils. Je ne sais pas s’il se rend compte. »
« Nous venons d’accomplir le voyage, mais nous avions des accompagnateurs. Ne connaissez vous pas quelqu’un qui qui se rende à Jérusalem par hasard? »
« Ah non mon gars, je ne connais que les flots, les bateaux et la pêche. »
« Comment il s’appelle vos fils M’sieur ? »
« Jacques et Jean? Et toi, comment t’appelles tu? »
« Michel, M’sieur »
« Ben vrai que t’es pas d’ici ! Sont où tes parents? »
« Je ne sais pas vraiment, m’sieur. »
« Ben alors, on est pareil. Toi, tu as perdu tes parents et tu cherches Jésus. Moi j’ai perdu mes fils. Et laisse donc là. Et elle est où ta sœur? »
« Chez Pierre l’apôtre avec Myriam. »
« Ah ben vous devez être bien là bas. Ce sont de bonnes personnes. »
« Oui, probablement. »
« Allez fiston, j’ai du travail. Laisse moi tranquille maintenant. »
« Oui, m’sieur. »
