Le lendemain matin. Zébédée et Salomé sont à la porte de Myriam. Hannah et Michel sont prêts. Enfin…ils ne s’attendaient pas à ce que Zébédée les invite à monter en barque.
« Je ne connais que la mer, les lacs et les rivières, moi les enfants » dit il de sa grosse voix. « Mon bateau est sûr. Il ne m’a jamais abandonné, ce brave Boanergues. »
Michel pense à la réparation de la veille… Le vieux bout de bois cloué de toute part et rit un peu. Ce vieux matelot a la mémoire courte .
« Et ça veut dire quoi , monsieur Boanergues ? »
« Le tonnerre, ma fille, mon élément ! »
« Le tien aussi, non ? » dit Michel malicieusement à l’adresse de sa sœur.
« Nous allons remonter le lac jusqu’au Jourdain, et de là le Jourdain nous conduira peu avant la Mer Morte. Puis nous nous rendrons à Béthanie, là où séjourne souvent Jésus lorsqu’il se rend à Jérusalem. »
« Ah bah super, ça semble simple dit comme ça. »
« Que Dieu t’entende! » réplique le vieux bougon.
« Ce n’est pas une route fréquemment empruntée, mais au moins on évitera les problèmes avec les Romains », dit Salomé avec un petit sourire. Elle inspire confiance, Salomé. Un regard franc, des yeux noirs qui annoncent un caractère bien affirmé.
La voile en lin carré, rapiécée de toutes parts est hissée, et Zébédée, dans un éclat de voix « Cap sur Jérusalem. »
Hannah est un peu effrayée par lui, mais elle décide de ne pas s’arrêter à cette première impression. Au bout d’une petite heure de navigation sans encombre, Zébédée annonce à Michel : « Fiston, nous allons pêcher notre déjeuner et notre dîner, car dans le Jourdain, parfois le niveau est trop bas pour trouver des poissons. Bref, tu m’as dit que tu voulais apprendre ? »
« Oui monsieur »
« Appelle moi Zébédée, fais moi plaisir fiston. Alors pour commencer, nous allons pêcher au filet. »
Michel voit les filets rangés à l’avant du bateau.
« Non! Prends le plus petit. Nous ne sommes pas mille hommes, bon sang! Voilà! Viens, Viens par là. Mets toi d’un côté, moi de l’autre et nous allons jeter les filets et immédiatement on va le remonter. Es-tu prêt? »
« Oui. »
Il jette le filet, mais ne remonte rien. Tout est une affaire de patience. Il recommence. Rien, une nouvelle fois. Et il recommence encore. Rien du tout. Et toujours rien au bout d’une bonne vingtaine de fois, le vieux bougon bougonne dans sa barbe. « Non de non, de non, de non! »
« Euh Monsieur, pourquoi vous râlez tout le temps? Moi, si j’étais poisson, je la sentirais à des kilomètres, votre mauvaise humeur. Et je fuirais bien loin ! »
Quelque peu séchée par ce petit bout de fille, Zébédée ne dit plus rien.
Salomé rigole. Les voilà qui recommence l’opération. Et là, quinze poissons d’un coup, Zébédée, tout en démesure, éclate de joie. « Vous voyez, je vous avais dit !Patience, patience, patience. La, la la la la la la ! Quinze poissons. Quinze poissons ! »
