Et le lendemain matin, l’équipage de fortune reprend la route.
Salomé se saisit des brins de saule qu’elle a fait tremper toute la nuit. « Regarde, Hannah, c’est à toi aujourd’hui d’apprendre la science de la pêche. En eau peu profonde, on pêche au panier, mais il faut le confectionner, vois-tu. Regarde, on prend deux brins de saule que j’ai laissé tremper, comme ça ils sont plus souples et on va confectionner le fond d’abord. On forme un cercle avec la tige. Ensuite, on attache les tiges plus grandes verticalement autour du cercle. Tu vois un peu comme ça. On les espace et puis au bout, on fait un autre cercle et on attache les mêmes tiges. »
Hannah regarde les mains de Salomé s’activer. Elle noue les branchages d’un côté, puis d’un autre et finit par obtenir une structure, ronde.
« Regarde à présent, on va tisser le fond. On passe quelques fines branches en les attachant de part et d’autre et ensuite on peut tresser en passant au dessus et en dessous. »
Hannah se prend au jeu. Elle tresse, elle tresse, elle tresse. Et ses pensées l’emmènent vers la Vierge Marie. Elle se demande si elle aussi sait tresser des paniers à poissons.
« Tu la connais, toi, la mère de Jésus? »
« Bien sûr », dit Salomé.
« Et elle est comment ? »
Salomé sourit et ne répond pas.
« Tu ne réponds pas… »
« Je n’est pas le vocabulaire pour te dire comment elle est. Tu verras par toi même. »
Hannah, tout en continuant à tresser, se poste à l’avant du bateau et récite son chapelet. Une rangée de tresses. Une dizaine. Au bout de quelques heures, un magnifique panier de forme conique est tressé. Hannah est très fière et se réjouit encore plus quand le panier devient le lieu de pêche et que quelques petits poissons sont attrapés. Joie du travail accompli.
La navigation dure encore deux jours et deux nuits.
La pêche, le feu et la tempérance n’ont désormais plus de secret pour les enfants et le bouclier est évidemment coloré.
Au petit matin de la troisième journée, les voilà qui accostent enfin, peu avant que le Jourdain ne se jette dans la Mer Morte. Arrivés sur la terre ferme, ils hissent la barque dans un petit coin de roche et Zébédée met un drap dessus pour le protéger.
« Je ne sais quand je viendrai te récupérer, mon Boanergues », dit l’homme à son bateau. « Dirigeons nous à l’ouest. Nous serons à Béthanie dans à peine deux heures. »
