Lorsqu’ils arrivent à Béthanie, tous sont là : Lazare, les douze apôtres, Marie, Marthe, Salomé, Zébédée et Marie-Madeleine. Jésus s’apprête à monter sur l’âne. Alors Pierre et Nathanaël mettent leur manteau sur le dos de l’animal pour que cela soit plus confortable pour lui. Jésus monte sur l’ânon qui reste bien docile.
Et voilà la curieuse troupe qui part vers Jérusalem. Au fur et à mesure qu’ils avancent, les enfants voient des foules de gens venir à leur rencontre et se mettent à leur suite. La rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre. Jésus le Nazaréen, celui qui a ressuscité un mort, rentre dans Jérusalem.
Alors les enfants voient se former devant eux un chemin de part et d’autre du chemin, une marée humaine, des visages en tous sens qui pour certains mettent leurs manteaux sur le sol tel un tapis de roi. D’autres encore agitent des grandes palmes. Comme on fait pour acclamer les rois. Et justement, tous acclament en chantant : « Hosanna, Hosanna, Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »
La joie de la foule est telle qu’elle entraîne Michel et Hannah, et les apôtres qui se mettent eux aussi à chanter la gloire de Jésus.
Lorsqu’ils arrivent au Temple, tous sont en liesse. Ils passent la grande porte.
Michel regarde Jésus qui descend de l’âne et le confie à Pierre qui est à ses côtés. Jésus a tout d’un coup le visage fermé. D’un pas affirmé, il se dirige vers une table où sont disposées des cages de colombes. Fermement, il empoigne la table et la renverse. Les cages roulent au sol et s’ouvrent. Les colombes s’échappent. Un silence se fait alors et Jésus se dirige vers une autre table, la saisit et la met sur le côté. De nouveau, tout tombe. Il fait pareil avec une troisième et une quatrième. Tant et si bien qu’il n’y a plus aucune table de vente debout en quelques instants. Tous le regardent, stupéfaits. Personne ne dit rien.
Et d’une voix forte, il crie :
« ICI, c’est la maison de mon père. C’est une maison de prière. Et la prière n’est pas un trafic. »
Jésus voit Michel et Hannah qui le regardent. Jésus est fâché et … ça décoiffe un peu quand même. Il s’approche d’eux et, comme pour répondre à leurs interrogations s’agenouillent à leur hauteur :
« Mon père ne veut pas de sacrifices. Il veut des cœurs qui aiment, des cœurs qui le prient, pas des cœurs qui marchandent.» Puis il s’approche de personnes aveugles qui étaient assis là à mendier, et il les guérit. Voyant cela, la foule reprend : « Hosanna! Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »
Et la joie profonde se fait de nouveau entendre et ressentir. Une colombe vient se poser sur l’épaule de Michel : « Regarde, Hannah, j’ai une nouvelle amie. »
Au son des « Hosanna » qui s’élèvent comme un chant joyeux, Hannah se met à danser en agitant sa palme. Et d’autres enfants se mêlent à sa danse en criant de joie partout dans le temple qui d’habitude est si silencieux. Michel s’aperçoit alors que certains des hommes qu’il a surpris la veille en réunion, les regardent d’un très mauvais œil. Hannah, comme si elle avait compris, chante encore plus fort. « Hosanna! Hosanna! » Ces hommes viennent à Jésus :
« Tu entends et vois la façon dont se comportent ses enfants. C’est choquant, non? »
Et Jésus de répondre : « Non. Il est écrit : Tu entendras de la bouche des tout petits une louange à ton égard. »
Puis Jésus fait un signe aux enfants et s’en retourne à Béthanie avec les siens, en laissant le soin aux responsables religieux de continuer à s’indigner et à conspirer.
Hannah est encore tout exaltée par ce qu’ils viennent de vivre et ose s’approcher de Jésus. « Dis donc Jésus, on s’ennuie vraiment jamais avec toi! Tu sais, je voulais te dire : j’aimerais rentrer chez moi et… Et toi seul peut. Mais…Mais tu le sais, non? Tu sais tout ce dont j’ai besoin. »
« Oui, je sais Hannah. »
« Mais voilà, je t’ai cherché… Pour une raison bien précise. Rentrer chez moi. Mais maintenant, j’ai cette petite voix qui me dit de t’accompagner jusqu’au bout. Tu sais, jusqu’à…Enfin…Enfin jusqu’au bout de l’histoire quoi. Tu crois que c’est possible? »
« Tout est possible, Hannah. »
Michel qui a toujours son ami la colombe qui lui roucoule sur l’épaule, a tout entendu de la conversation entre Hannah et Jésus et il est content. Comme sa petite sœur progresse vite ! D‘elle même, elle demande à rester. Il n’osait même pas lui en parler de peur d’avoir un refus catégorique. Mais lui aussi, depuis qu’il a compris, lui aussi a envie d’accompagner Jésus jusqu’au bout. Ce soir là, la vertu de foi sur le bouclier de chacun des enfants est quasiment aussi rouge que celle du courage, de la tempérance, de la prudence et de la justice.
La charité et l’espérance sont aussi présentes et colorées, mais pas d’un ton aussi vif. Dans quatre jours sera la Pâque.
