Puis Jésus leur demande de venir avec lui prier au jardin de Gethsémani, situé aux pieds du mont des Oliviers. Les disciples connaissent bien cet endroit. Ils y sont souvent venus, Michel et Hannah le savent.
Il faut les suivre. Les femmes, elles, restent pour ranger. La nuit est là, mais la lune est pleine et illumine la petite troupe. Arrivée dans le jardin, Jésus leur montre une place et leur demande de rester là, à cet endroit précis.
Il se tourne vers Pierre, Jacques et Jean et leur demande à eux personnellement, de le suivre pour prier là-bas, un tout petit peu plus loin. Hannah saisit la main de Pierre. Elle restera avec lui. Elle veut être là. Elle regarde le visage de Jésus, cet homme qui va connaître toutes ces souffrances pour que nous ayons accès au paradis. Michel les suit aussi.
A ce moment, Jésus leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Demeurez et veillez avec moi. » Puis il s’éloigne d’eux pour prier. Par effet miroir, Hannah, comme Pierre, Jacques et Jean, se mettent à ressentir beaucoup de tristesse, tant et tellement que la petite fille se laisse totalement envahir par cette tristesse et n’arrive presque plus à raisonner.
Michel se place à côté de sa sœur et lui souffle : « Son père va l’aider à traverser cette épreuve, Hannah. Il va répondre à ses prières, c’est sûr. Et Hannah n’oublie pas : ce qu’il va vivre est atroce, on le sait, mais toi et moi, on sait aussi qu’il va ressusciter, il va gagner. N’oublie pas Hannah, il va gagner. »
Puis tous deux voient Jésus qui tombe à genoux, sa tête face à la terre.
Et à voix haute il prie. Il parle à son père. Dans sa voix, on sent une angoisse infinie. Il lui demande… Oui, c’est ça, il lui demande que s’il est possible que cette épreuve passe loin de lui… Mais tout de suite, il se reprend et il lui dit : « Père, non pas, non, pas comme je veux, mais comme tu veux. »
Qu’est ce qu’il est courageux! Il lutte entre son envie d’échapper à cette mort horrible et la nécessité de sauver tous les hommes.
Il continue à implorer le ciel. Pendant longtemps, il reste là, en prière.
Puis, il semble s’apaiser. A ce moment, il se lève et vient les chercher. Depuis combien de temps sont-ils là, assis les uns contre les autres? Il semblerait qu’ils se soient assoupis.
A cet instant précis, un bruit de pas et de cliquetis se fait entendre. Une garnison de soldats? Non. Une bande importante d’hommes armés avec épée et bâton. Sûrement des envoyés, des responsables religieux, et à leur tête, Judas. Ils s’avancent vers Jésus et lui donnent un baiser.
« Mais il n’a aucune morale celui là ! Il le trahit par un geste qui signifie l’amitié. » s’écrie Hannah d’une voix étouffée.
Les hommes armés s’avance alors vers Jésus et le ligotent comme un bandit.
Jésus se laisse faire. Les disciples prennent alors peur et tous s’enfuient. Hannah sent une main la tirer en arrière, Michel aussi. Et les enfants, dans la panique, suivent le mouvement. Hannah et Michel suivent Pierre. Ce dernier, après avoir arrêté sa course, décide finalement de suivre Jésus, mais de loin.
Jésus est emmené chez Caïphe, le grand prêtre, celui qui cherche à conserver son pouvoir à tout prix. Pierre reste dans la cour, mais Hannah et Michel décident de se glisser dans la salle du conseil. Les hommes qui les ont vus conspirer il y a quelques jours sont tous réunis pour mettre au point leur plan machiavélique : confondre Jésus, le piéger et le faire mourir.
Tout est orchestré. Une vraie pièce de théâtre. Des gens ont visiblement été payés pour porter de faux témoignages contre Jésus. Mais visiblement, personne n’a un discours qui tient vraiment la route. Alors Caïphe s’impatiente et sort presque de lui même en hurlant :
« es-tu le Christ, le Fils de Dieu ?! »
Et Jésus lui répond : « C’est toi qui le dis. »
Et là, Caïphe éructe de victoire « Il a blasphémé! Vous avez entendu, il a blasphémé.. » Et comme si ses cris indignés ne suffisaient pas, le voilà qui déchire ses vêtements pour en rajouter un peu plus de son indignation.
« Mais quel monde de fous! » dit Michel.
Alors les autres responsables hurlent : « il est passible de mort! »
Et comme si cela ne suffisait pas, des religieux se rapprochent, crachent sur Jésus et le giflent. Il faut l’emmener au gouverneur. Mais ils sont tellement dans la haine.
« Viens, Hannah, allons rejoindre Pierre. »
Quand les enfants arrivent dans la cour, Pierre est avec une foule de gens à se chauffer auprès d’un feu. Les enfants s’approchent lorsqu’une femme invective Pierre et lui dit :
« Toi aussi, tu étais avec Jésus le Nazaréen. »
Et Pierre de répondre : « Non, non, je ne le connais pas. »
Puis un autre homme, quelques temps plus tard, passant par là, regarde Pierre et lui dit de nouveau : « Toi aussi tu es un de ses disciples. »
« Non, je n’en suis pas » dit Pierre. Michel et Anna n’osent pas regarder Pierre, le pauvre, il est pétrifié.
Voilà un troisième homme qui s’arrête devant Pierre, le dévisageant : « Ne t’ai-je pas vu dans le jardin avec lui? »
Et de nouveau, Pierre répond à la négation. Et l’on entend un coq chanter.
Pierre se souvient alors de ce que lui a dit Jésus, pas plus tard que ce matin. Et il se met à pleurer à chaudes larmes. Hannah met sa main dans celle de son ami pour lui apporter son réconfort.
A cet instant, Jésus sort ligoté, accompagné d’hommes armés jusqu’aux dents. Ils l’emmènent chez le gouverneur romain appelé Pilate.
Lorsqu’ils arrivent chez Pilate, le plan de Caïphe, bien huilé, est déroulé. Les religieux multiplient les accusations. Jésus est présenté comme un danger potentiel, fauteur de troubles, roi des Juifs. Pilate l’interroge mais se rend vite compte de la supercherie. Il refuse de condamner Jésus.
Mais les religieux insistent pendant que d’autres excitent la foule et utilisent toutes les ruses pour perdre Jésus. Ils vont même jusqu’à faire réclamer à la foule la libération d’un brigand nommé Barabbas. Bientôt, Michel et Hannah entendent la foule hurler d’une seule voix : « Crucifie-le! Relâche Barabbas ! Crucifie le ! Relâche Barabbas ! »
Pilate prend peur. Il a peur qu’une émeute éclate.
Il prend de l’eau, se lave les mains en disant « Je ne suis pas responsable de ce sang ». Puis il fait flageller Jésus. Et le condamne à être crucifié. Hannah et Michel sont là, mais s’interdisent de regarder ce spectacle d’une violence inouïe.
Les maltraitances ne s’arrêtent pas là. Alors qu’il est tout blessé par les coups de fouet, les soldats se moquent de lui, le déguisent, l’humilient. Ils lui enlèvent ses vêtements, lui mettent une cape rouge et lui enfoncent une couronne d’épines dans le crâne en lui disant « Salut, roi des Juifs ! »
Hannah se retourne et enfouit sa tête dans ses mains. A ce moment là, elle sent une main la saisir, l’entourer et la serrer contre son cœur. Marie-Madeleine. Hannah lève le regard et voit Marie, la belle dame au visage défait par la souffrance. Marie lui tend la main. Sa maman du ciel. Sa maman du ciel qui pleure. Hannah la saisit. Marie-Madeleine prend l’autre main d’Hannah. Et voilà notre petite fille entourée de tendresse dans la souffrance.
A cet instant précis, les soldats chargent Jésus de sa croix. Il semble ployer sous son poids. Son visage est couvert de sang. Il doit parcourir un long chemin en montée escarpée jusqu’au Golgotha. Michel est révolté. Il se sent tellement impuissant, il voudrait trouver un moyen pour aider Jésus mais la foule est oppressante. Elle le rabroue sans cesse. Il ne parvient pas à se mettre à sa hauteuret tout d’un coup, il sent une petite main lui prendre la sienne.
« Michel! Où cours-tu ainsi? »
« Rufus. Alexandre. Que faites vous là? »
« On redescend des champs avec papa. Que se passe t il? »
A cet instant, Jésus s’est arrêté. Il est tombé et un soldat prend un homme pour l’aider à porter sa croix.
C’est Simon de Cyrène. « Oh! Papa, regarde Ruf. Papa aide le bandit. »
« C’est pas un bandit, c’est mon ami. »
« Ah! Et bien et bien papa aide ton ami. »
Arrivé au lieu du crâne -nom funeste- les soldats poussent Simon et mettent Jésus sur la croix et l’attachent à elle en lui clouant les mains et les pieds. Puis ils montent la croix. Ils ont crucifié deux malfaiteurs avec lui, l’un à droite, l’autre à gauche.
Simon ne veut pas que ses fils assistent à ce drame et s’en retourne chez lui, mais sa vie ne sera jamais plus comme avant. Pendant qu’il portait la croix de cet homme, de cet homme là, son cœur a été bouleversé.
Hannah, Marie-Madeleine, Michel… les gens sont là… agenouillés, le visage baigné de larmes.
Ils entendent Jésus du haut de sa croix qui dit : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Michel, devant l’insupportable scène, se répète. : « Il va ressusciter, il va gagner, il va ressusciter. »
Et tout d’un coup, le soleil disparaît. La nuit, en pleine journée est arrivée sur la terre et pendant trois heures environ, nos amis restent là, au pied de la croix, pour accompagner jusqu’au bout Jésus qui se meurt. Puis Jésus pousse un dernier cri. : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. » Et il s’éteint sur la croix.
A ce moment précis, Hannah et Michel sentent la terre bouger sous leurs genoux devant ce séisme. Le soldat au pied de la croix s’agenouille et dit :
« VRAIMENT, Celui-ci était le Fils de Dieu. »
