Les voilà qui chameauchent de nouveau et arrivent à Cana en milieu d’après midi. Nathanaël et les enfants se rendent à la synagogue de la ville en espérant y retrouver Jésus. Mais ce dernier n’est pas là et surtout, il n’a pas été vu depuis un certain temps. Nathanaël n’en revient pas. Il est confus. Il aura été mal informé. L’informateur était pourtant si fiable.
« Oh, c’est pas une époque quand même. Si Jésus avait eu un téléphone portable, ça aurait évité ce genre de détour pour rien », dit Hannah entre ses dents.
Michel n’est pas non plus de bonne humeur. Jésus semblait comme comme gagné, et il pensait l’avoir trouvé et pouvoir enfin lui parler. Et…Et voilà qu’il semble échapper de nouveau. Nathanaël est désolé et il demande pardon aux enfants d’avoir manqué de discernement. Il est trop tard à présent pour repartir à Capharnaüm. Nous allons demander à de vieux amis de nous héberger pour ce soir. Vous verrez, ils sont très gentils.
Les enfants sont dépités, fatigués. Leurs parents leur manquent. Le moral est au plus bas.
Ils suivent néanmoins, certes, en traînant des pieds et en affichant des mines renfrognées, le pauvre Nathanaël dans les petites rues de Cana. Bientôt ce dernier frappe à une porte. Voilà nos trois voyageurs accueillis par un jeune couple. La première chose qui saisit les enfants, c’est la paix qui règne dans cette maison. Pas de bruit tonitruant, Pas de silence cafardeux. Juste une paix simple et joyeuse.
L’homme et la femme sont visiblement heureux de voir Nathanaël et accueillent chaleureusement les enfants. Ils sont de ceux qui, par leur simple présence, apaise et réconforte.
La femme s’appelle Esther. Elle a un visage juvénile, un regard doux, un sourire qui semble ne jamais s’en aller. Elle est calme.
L’homme s’appelle Mataï. Il est grand et robuste. Il donne une accolade dans le dos de Michel pour lui souhaiter la bienvenue. L’Accolade est si vigoureuse qu’elle remet les idées moroses du petit garçon au placard.
Michel, dépité quelques minutes auparavant, rentre dans une discussion animée avec Nathanaël. Les deux hommes tentent de décrire à leur hôte la scène de la multiplication des pains. Visiblement, ils connaissent bien Jésus.
Esther s’aperçoit bien vite qu’Hannah a besoin de réconfort. « Que dirais tu, jeune fille, de prendre un bon bain chaud? » Hannah accepte. Esther dit deux mots à voix basse à sa servante, puis regarde la petite avec compassion.Elle ne pose pas de questions, elle semble deviner la lassitude et la fatigue accumulée. Elle sourit.
Au bout d’un temps, la servante revient. Esther tend la main à Hannah et lui fait signe de la suivre. Elle l’emmène dans une petite pièce toute remplie de buée. Là, il y a un grand bac en bois dans lequel on a versé de l’eau bien chaude. Ça sent si bon. Hannah ferme les yeux et humme une fois encore l’air humide, chaud et réconfortant. Oh, ça sent bon ! Ça sent la fleur d’oranger, le doux parfum de maman.
Une fois seule, Hannah plonge dans le bac et profite de ce moment de délassement qui lui est offert. Mon Dieu, ce que c’est agréable! Chaque partie de son corps qui a été mis à rude épreuve ces derniers jours trouve repos et réconfort. Et ce parfum, ce parfum si familier qui l’enveloppe entièrement. Mais quel bienfait!
Lorsque la petite, tout apaisée sort de son bain, elle trouve des vêtements à sa taille, propres et qui eux aussi sentent bon. Une fois qu’elle est apprêtée, Hannah sort et rejoint les autres. Elle se sent toute neuve, toute reposée.
Hannah remercie Esther pour sa prévenance, le bain, les huiles essentielles de fleur d’oranger, les vêtements propres.
« À qui sont ces vêtements? »
« À ma petite sœur. Elle est à peine plus grande que toi. »
« Et comment as tu su que c’était le parfum de ma maman? »
« Mais je ne le savais pas. Ça, c’est sûrement un signe de la délicatesse de Dieu pour toi. Il savait ce dont tu avais besoin. »
« Moi j’ai plutôt l’impression que Dieu, il y a autre chose à faire en ce moment que de se préoccuper si j’ai pris mon bain ou si j’ai senti le parfum de ma maman. »
« Mais détrompe-toi Hannah, Dieu, si tu l’invites chez toi, il peut agir pile là où tu as besoin, dans le concret de ton quotidien. Tu sais, il sait même parfois ce dont tu as besoin avant que toi même tu ne saches ce dont tu as besoin ! Si tu savais le don de Dieu, petite Hannah. »
« Esther, je ne suis pas certaine de bien comprendre ce que tu me dis… »
