Lorsqu’ils rentrent à Béthanie, le soir approche et déjà le jour baisse. Jésus est encore en prière. Salomé, Zébédée, Marthe, Lazare et Marie, ainsi que quelques uns des apôtres, les accueillent chaleureusement.
Marie-Madeleine prend Hannah dans ses bras comme le ferait une maman. C’est si bon la tendresse exprimée. Les enfants jugent bon de taire la séance d’espionnage et tout ce qu’ils ont appris à Jérusalem. Ils sont fatigués.
Sur leurs boucliers ce soir là, la vertu de prudence commence à se colorer en rouge, probablement grâce à leur attitude face à Judas. La foi, l’espérance et la charité sont, elles, encore colorées… mais toujours pas de cette couleur rouge vive.
« Regarde, Michel, il me semble que les boucliers nous disent qu’on est sur une excellente voie, que Jésus est retrouvé, qu’on va bientôt rentrer chez nous. Comment va t il s’y prendre d’ailleurs ? Sur un char qui a des ailes ? »
« Dors petite sœur, dors. Quelque chose me dit qu’on n’a pas encore vraiment terminé notre route. »
Le lendemain matin, au réveil, Hannah et Michel ont décidé de parler à Jésus de leur situation. Cependant, Jésus est déjà parti prier, mais il a donné l’ordre à ses disciples d’aller chercher un ânon que personne n’a jamais monté pour qu’il se rende aujourd’hui même à Jérusalem. « Il est quand même marrant, Jésus », pense Hannah. « On a toujours l’impression qu’il fait et dit des choses que personne ne comprend vraiment sur le moment. Mais lui, il a toujours un but, comme s’il voulait que la vie avec lui soit un grand jeu de piste. »
Pierre et Nathanaël se mettent en chemin pour aller chercher l’ânon dans le lieu précis indiqué par Jésus, qui, pour son jeu de piste, n’a laissé évidemment rien au hasard. Les enfants se portent eux aussi volontaires pour les accompagner.
Pendant qu’ils cheminent tous les quatre, Michel interroge Pierre :
« Pierre, au cours de notre voyage avec Hannah, plusieurs fois, on nous a dit que Jésus avait des ennemis. Pourquoi? Pourquoi certains n’aiment pas Jésus? Il ne fait que des bonnes choses, non? »
« Tu sais Michel, les adultes, c’est souvent compliqué dans leur fonctionnement. D’abord, les responsables religieux n’aiment pas Jésus pour un tas de raisons… Ils pensent que Jésus est un blasphémateur. »
« C’est quoi un blasphémateur? »
« Quelqu’un qui insulte, qui attaque quelque chose de sacré. »
« Oui, mais Jésus, il n’insulte personne, il n’attaque personne. »
« Oui, mais il dit qu’il est le Fils de Dieu. Or, pour les responsables juifs, c’est impossible d’être fils de Dieu. C’est considéré comme un blasphème, un sacrilège, une insulte à Dieu lui même. De plus, Jésus critique ouvertement la façon de vivre, d’être et de penser de ses responsables religieux, ce qui met à mal leur autorité. En fait, ce sont des gens haut placés qui n’ont pas vraiment envie d’être placés un petit peu plus bas, tu vois, ils n’aiment pas trop être remis en question. Et puis Jésus, il est simple, il est pauvre, il est pacifique. Alors que les responsables religieux, ils ont une idée d’un Messie riche, fort, puissant, dominateur. De plus, Jésus fait de grands miracles, de très grands miracles et beaucoup de gens le suivent et l’aiment pour ça. Et lorsqu’il agit, il n’agit pas toujours comme ce qui est écrit. Tu sais, ce qui est écrit dans la loi. Parce que sa seule loi à lui, c’est celle de l’amour et non celle des écritures. Et ça, pour certains esprits, c’est trop difficile à accepter. »
« Wow ! C’est tout ça qu’on lui reproche alors » dit Hannah. « Etre le fils de Dieu, faire des miracles, emmener les gens au bien et être aimé par les gens pour ça. Eh bien, ils sont complètement fous ces responsables religieux. »
« Que Dieu t’entende, Hannah! Que Dieu t’entende! »
Et Michel de penser : « Mais du coup, c’est dangereux pour lui d’aller à Jérusalem. »
Et Nathanaël, tout haut : « L’âne est un symbole de paix et de royauté chez nous. Je me demande ce que veut faire Jésus avec cet ânon… »
Chacun continue à cheminer avec ses réflexions.
Au lieu indiqué par Jésus, ils trouvent l’ânon, ils le détachent et rebroussent chemin.
