Le lendemain, la matinée se passe au rythme des prières et de la préparation du repas. C’est qu’ils sont nombreux à chaque fois ! Minimum vingt autour de la table. Au milieu du repas, Marie-Madeleine se lève très discrètement.
Hannah la suit du regard. « Je sens qu’il va encore se passer un truc », pense la petite fille.
D’un geste décidé, Marie-Madeleine saisit sur une étagère un très beau et grand flacon blanc. Elle s’approche de Jésus et, sans hésiter, s’agenouille devant lui, verse le contenu du flacon sur ses pieds.
Il s’agit d’une huile parfumée d’une qualité exceptionnelle qui coûte le prix d’une année de salaire. Immédiatement, toute la maison est embaumée. L’huile coule sur le sol. Alors, Marie-Madeleine essuie les pieds de Jésus avec ses longs cheveux bruns. La scène ne dure que quelques instants. Tous regardent Marie-Madeleine étrangement, personne ne semble comprendre ce qu’elle fait et pourtant, c’est hypnotisant à voir. Ses gestes sont emplis d’un profond respect. Tout se passe dans une infinie douceur. Et puis cette odeur…
« Mais ! Mais elle est vraiment folle. Elle vient de gâcher un parfum coûteux que l’on aurait pu vendre pour donner de l’argent aux pauvres !!! » s‘écrie Judas, visiblement très en colère.
D’un ton aussi calme que la colère de Judas est grande, Jésus lui répond :
« Laisse la. Elle fait ce qui est en son pouvoir. C’est une bonne œuvre. D’avance, elle a parfumé mon corps pour l’ensevelissement. Les pauvres, vous pourrez toujours leur faire le bien que vous voulez, mais moi, je ne serai pas toujours avec vous. »
Marie-Madeleine se relève alors. Elle sèche quelques larmes sur son visage, respire et se met en mouvement. Elle aide Marthe qui déjà dessert la table.
Marie-Madeleine a compris que Jésus allait mourir.
Après le déjeuner, Judas annonce qu’il va à Jérusalem faire quelques courses. Il ment. Michel le sait. Le petit garçon se demande ce qu’il doit dire, ce qu’il peut dire à Judas pour l’inciter à ne pas trahir.
Il faut que je fasse preuve de courage, d’audace et de prudence. Je ne sais pas ce que cet homme peut avoir dans la tête. « Viens, Esprit Saint, viens, j’ai besoin de ta grâce. » Alors, réunissant tout son courage, le petit garçon se lève et s’élance à la suite de Judas : « Hé ! Judas ! Hé, hé! Attends–moi ! J’ai une question pour toi ! Et ça peut pas attendre ?! Pourquoi… j’ai besoin de savoir pourquoi est ce que tu suis Jésus? Pourquoi? Pourquoi, t’es un apôtre ?»
Judas a un regard vide de celui qui n’a pas compris qui était Dieu. Il a le regard de celui qui ne s’aime pas. Qui ne peut donc aimer les autres. Il a un cœur mauvais parce qu’il est profondément triste en fait.. .
Comme le garçon est là devant lui et le regarde avec insistance, il finit par dire d’un ton sévère. « Tu sais, dans la vie, parfois on fait des choix. On suit un chemin. On pense qu’ainsi il va nous mener à la puissance, qu’il va nous apporter de l’argent, du confort. Et puis un jour, on comprend qu’on s’est trompé lourdement. On se retrouve avec rien et que tout ça ne mène à rien. »
« Mais la puissance, l’argent, le confort, ce n’est pas forcément nécessaire. Peut être qu’il y a autre chose de bon sur ton chemin. » réplique Michel.
« T’es un gamin. Ne parle pas de ce que tu ne sais pas. Laisse–moi aller, maintenant j’ai à faire. »
Puis Judas tourne le dos au garçon et s’en va d’un pas décidé.
Michel soupire, il sent que son intervention n’aura servi de rien. Il sait que Judas se met en chemin pour aller proposer aux grands prêtres de livrer Jésus. Comme le grand prêtre doit être content! Hannah, par prudence, a suivi son frère de loin. Lorsque Michel s’approche d’elle, il lui dit :
« Je suis triste pour lui. J’ai comme l’impression que s’il avait eu un bouclier de la vertu, il ne se serait pas beaucoup coloré. Il ne pense qu’à l’argent. Il ne s’aime pas et visiblement, il n’a pas envie de se laisser aimer. »
Ce soir là, les boucliers des enfants sont très très beaux. Les couleurs de chacune des vertus semblent se modifier encore et devenir d’un rouge vif, intense. Ils sont vraiment tout près du but.
