Après le déjeuner, Jésus se lève et annonce qu’il va se retirer seul pour prier. Il regarde les enfants comme pour leur signifier qu’ils pourront se parler, mais plus tard.
Pierre et Judas ont quelques courses à faire en ville et Pierre propose d’emmener les enfants à Jérusalem. Alors qu’ils arrivent aux abords du temple, les enfants entendent :
« Hannah ! Michel ! »
« Oh! Oh bah ça alors! Rufus et Alexandre» leurs tout premiers compagnons de route.
« Avez vous fini par trouver vos parents? »
« Non mais on est sur la bonne voie. » dit Hannah. « Vous voulez jouer avec nous? »
Michel interroge Pierre du regard. Celui-ci accepte et leur dit que lorsqu’il en aura fini, il reviendra les chercher ici.
Le petit Rufus, avec joie, désigne ce qui ressemble à un ballon. Le caoutchouc n’existe pas, pense Michel. La balle que lui tend Rufus est en effet un objet d’une forme ovoïde, en tissu, qui semble rembourré avec des plumes. Michel shoote dedans. Bon, on oublie un peu la magie du rebond, mais ça fera bien l’affaire. Les quatre enfants se lancent dans une partie de foot rugby en de mélanger main, tête, pied. Tous les coups sont permis. Ils s’amusent bien. Le but étant de viser les deux colonnes qui forment l’entrée du temple. Oups! C’est un super raté pour Alexandre, qui a néanmoins un sérieux coup de pied et qui envoie le ballon rudement loin. Tant et si bien que celui ci disparaît et les enfants se mettent à le chercher. Michel finit par le retrouver. Le voilà calé entre un mur et une grande porte qui n’a pas été correctement refermée. Michel entend une voix forte qui s’élève à l’intérieur.
« Ce n’est plus possible. Jésus le Nazaréen devient trop dangereux. Il a ressuscité un mort qui était mort depuis quatre jours. Les foules l’acclament. Nous, Il nous dénigre. Il ne respecte pas la loi. Il guérit pendant le sabbat. Il menace notre religion. Cet homme est insupportable. Un pauvre Galiléen analphabète qui se prétend fils de Dieu. Mais comment ose t-il? Il faut que ça cesse. Comment pouvons nous agir? »
Hannah rejoint son frère qui lui fait signe de se taire. Les deux enfants, dans l’entrebâillement de la porte, aperçoivent ce qui ressemble à une réunion d’hommes importants. Ils sont environ une soixantaine.
Un homme en apostrophe un autre : « Caïphe. Toi, le grand prêtre, dis-nous comment procéder. »
« Messieurs, je pense qu’il est dans notre intérêt à tous ici présents qu’un seul homme meurt pour tout le peuple, et qu’ainsi, la nation ne périsse pas. »
L’homme qui a parlé ne mesure pas ce qu’il dit. Il semble chercher des raisons pour garder son pouvoir.
Cependant, ils ont tous l’air homme de pouvoir dans cette assemblée et un murmure unanime se fait entendre. : « Oui, oui, oui, c’est ça. Nous devons le tuer afin de préserver, de préserver l’ordre. C’est ça, C’est ça. »
Ils semblent tous s’autopersuader que Jésus menace l’ordre public. « Mais nous n’avons pas le droit de vie ou de mort sur quelqu’un » dit une voix que les enfants connaissent bien. Nicodème est là et tente comme il peut de défendre Jésus. A ses côtés, un autre homme semble lui aussi ne pas être en accord avec ce qu’il se dit. Mais à deux contre soixante dix, leurs voix ne sont pas écoutées.
Caïphe, le grand prêtre, reprend alors : « Oui, c’est pourquoi il va falloir ruser un peu.Il va falloir être malin.Il faut trouver quelqu’un qui puisse nous aider à l’arrêter. Puis nous le jugerons selon nos lois, comme blasphémateur… qu’il est d’ailleurs ! Oui, c’est vrai, c’est un blasphémateur. Puis nous le conduirons aux Romains, et nous trouverons bien une raison pour les convaincre de le condamner à mort. Par exemple, cet homme risque probablement de troubler l’ordre public, et les Romains n’aiment pas qu’on trouble l’ordre public. Ou alors….cet homme ne s’est il pas déclaré roi? Et ça, ça, ça c’est une vraie menace pour Rome, n’est ce pas? »
Ils semblent vraiment tous chercher des excuses pour tuer Jésus. Puis une voix conclut :
« Faites passer l’ordre. Que quiconque sait où il est nous l’indique. »
« Oh, Michel, c’est horrible! Ils veulent le tuer ! »
Les enfants se retournent et se heurtent presque à Judas qui est là au dessus d’eux. Qu’a t il vu? Qu’a t il entendu?
« Les enfants, nous vous cherchions. Allez venez », dit il en ignorant totalement le fait qu’il ait retrouvé les enfants immobiles devant l’entrebâillement d’une porte. Michel se rend compte grâce à cette scène qu’il connaît l’histoire qui va se dérouler. Il sait que Jésus va être trahi, jugé et condamné à mort.
Mais… Mais il sait aussi qu’il va ressusciter. Oui, il connaît Judas. Il sait que c’est lui qui est enfin qui sera le traître. Mais peut être qu’il y a un moyen de l’arrêter, de le persuader de ne pas trahir. Hannah semble avoir un petit peu oublié les cours de catéchisme et pourtant elle souffle à son frère :
« Je l’aime pas trop Judas. Il a le don de me mettre mal à l’aise par sa seule présence. T’as vu comme il regarde ta bourse à chaque fois? On dirait un lapin devant les phares d’une voiture. »
« Oui Hannah, je crois que tu sens bien les choses. Soyons prudent. »
« Et mon ballon?! » crie une petite voix .
« Eh, Rufus Tiens, le voilà. A bientôt ! Nous devons y aller »
« A bientôt. »
