Le bagage mince et le cœur léger, me voici embarquée pour deux mois en Arménie, avec la joie, la curiosité et l’envie de servir le Christ au travers de ses enfants de l’autre côté de l’Europe… Et pas n’importe lesquels, ceux du premier royaume chrétien ! En 301, le christianisme est en effet devenue religion d’état. Cela perdura jusqu’à aujourd’hui puisque 97% des arméniens sont chrétiens apostoliques. C’est une église orientale et nationale qui s’est déclarée indépendante en 374.
Depuis le siècle dernier, divers drames frappèrent le pays, qui se trouve menacé depuis plusieurs années : le génocide en 1915, l’annexion par l’URSS en 1922, ou encore, le séisme en 1988 qui fit 30 000 morts. De 1988 à 1993, la guerre du Karabagh avec l’Azerbaïdjan ne fut que la première d’une longue série d’affrontements, qui s’acheva par l’invasion du Haut-Karabagh (ou Artsarkh) en 2023 et la fuite massive des populations arméniennes face aux persécutions et aux destructions, qui visaient explicitement la religion chrétienne.
Sans même avoir conscience de cet état de détresse du pays, j’avais au fond de moi un appel, grandissant depuis plusieurs mois avant mon départ, d’aller donner de mon temps, de mon énergie et de mon espérance à ce peuple.
Et Dieu sait qu’il en fallut, de l’espérance et de la joie, face à certaines situations ; un moment me marqua particulièrement, celui où nous avons distribué de la nourriture et du matériel pour des famille : ma première donation, quelques jours après mon arrivée.
Tout particulièrement, nous sommes passés dans une famille qui vivait dans une maison pas plus grande qu’un préfabriqué, sans salle de bain, chauffée uniquement par un petit poêle. Nous avons remplacé les matelas de leurs lits hors d’âge et donné des paniers repas. J’étais très émue par la condition de ces personnes, entre la misère matérielle, le handicap de leur seul fils et l’abnégation de la maman pour s’occuper de cette famille démunie.
Bien sûr il y a eu malgré ce contexte difficile, tant de moments de liesse ! La période de Noël fut comblée par les donations de cadeaux aux enfants défavorisés, ce qui nous procurait un vrai plaisir, à nous autres volontaires, que de gâter les petits Arméniens ; plaisir décuplé par le fait d’avoir à déguiser l’un des nôtres en Père-Noël, qui distribuait ses cadeaux en exécutant ses chorégraphies improvisées de danses traditionnelles locales, ce qui ne manquait jamais de provoquer l’hilarité générale.
Des activités plus physiques remplirent également nos journées, comme la réfection d’une salle de classe d’une école perdue au milieu des montagnes, qui nous offraient chaque jour un décor magnifique… Sans parler de la gentillesse du personnel de l’école, qui se plaisait à nous expliquer moult anecdotes sur leur pays, nous invitait toujours à déjeuner avec eux et nous partageait leur repas typique, suivi de l’immanquable café arménien.
Petit à petit, les employés de l’association et mes colocataires devinrent ma nouvelle famille, en moins de temps qu’il ne faut pour s’en rendre compte ; aller pelleter de la terre pour les fondations d’une nouvelle maison d’une famille défavorisée d’Ararat, ma nouvelle routine professionnelle ; jouer au foot avec leurs enfants après une journée de labeur, ma façon de passer du temps avec mes nouveaux petits frères et sœurs ; donner mes efforts, ma peine et mon impuissance devant ces injustices, mon offrande quotidienne.
On dit souvent en plaisantant que le volontariat nous apporte plus personnellement, que ce que l’on apporte aux autres… Et c’est presque vrai ! Car au-delà des belles relations nouées avec les locaux, j’ai également donné et reçu du Christ, présent parmi les Arméniens si attachés à leur religion et leurs traditions.
Je pensais partir en servant l’Arménie, mais je suis revenue en ayant servi bien plus encore. Partez humblement, sans rien attendre, et je vous promets que vous serez comblés et reviendrez transformés !
